Le conte à la maison d’arrêt

Après six ans écoulés de partenariat et de confiance réciproque avec la maison d’arrêt de Fresnes, Jacques Combe joue Vétéran(s) en mai 2010, revu et corrigé pour l’occasion. Quatre représentations dans quatre petites salles d’ateliers avec quatre groupes de détenus hommes prudents et observateurs. Proximité donc, une certaine intimité aussi. Puis les histoires fusent, les questionnements se bousculent. Une envie d’y retourner et de continuer d’entretenir cette parole sensible avec d’autres, germe.
Un voyage au long cours avec les longues peines est imaginé par Jacques Combe entre octobre 2010 et janvier 2011, avec la complicité du Centre National d’Evaluation de la Maison d’arrêt de Fresnes.
Pour en savoir plus

Retours sur Des fenêtres aux barreaux, un projet du SPIP 94, mené par Marien Tillet avec La Maison du Conte, en partenariat avec le conseil général du Val-de-Marne.
« En matière d’évènements, la prison est un lieu hors pair. Au cours d’un seul spectacle, les impromptus déboulent gaiement, sans prévenir, souriants...
Nous avions invité Christèle Pimenta, Abbi Patrix et Jean-François Vrod, Didier Kowarski, Charles Piquion, Jérôme Aubineau et Basile Gahon. Ils sont venus raconter avec la générosité qui leur a permis de continuer... quand une perceuse fait trembler le mur même de la cellule où le spectacle se produit une heure durant ; ... quand un surveillant débarque en pleine histoire et crie le nom d’un détenu pour qu’il se rende par-ci ou par-là ; ... quand au 3ème étage nous voyons passer par la fenêtre des disqueuses volantes bientôt rejointes par des ouvriers en baudrier qui s’attaquent à coup d’étincelles aux grilles de nos fenêtres ; ... quand un surveillant répond au téléphone avec toute la délicatesse convenue, cette même délicatesse qui lui attire les foudres des détenus quand il se mouche en essayant d’entonner « Summertime » d’Armstrong.
Ces artistes ont su prendre en compte. Non pas ce « prendre en compte » qui rebondit uniquement par une boutade mais le « prendre en compte » qui écoute : écouter le temps qui passe, comprendre quand recommencer. Ecouter un état, le sien comme celui des autres. Entendre le bruit et l’écouter comme un son. Le laisser passer s’il est trop fort, l’accompagner en trouvant sa musicalité.
Bref. Tout un savoir-faire et davantage un savoir-être. Car les détenus sont évidemment des spectateurs comme les autres avec peut-être en plus la compréhension que l’acte artistique est précieux et rare, de plus en plus rare. Au-delà du simple « panier de contes », les artistes ont offert des récits forts et engagés en défendant naturellement un propos, en refusant le simple divertissement, en affirmant par l’acte qu’ils sont artistes. »
Marien Tillet