Le conteur de cette histoire, je l’ai toujours associé à l’image indélébile d’un conteur-chanteur aperçu dans un documentaire à la télé il y a très longtemps. C’était un type, dans le sud de l’Italie, avec une casquette et une guitare, qui racontait et chantait des trucs politiques devant une poignée de paysans ou d’ouvriers, je ne me souviens plus trop bien. Ce qui est très important dans cette image, c’est la casquette (je plaisante) parce que c’est la même que celle de Henry Fonda dans le film de John Ford Les raisins de la colère. C’est un de mes films cultes, de ceux qui laissent flotter dans la mémoire quelques images dont tu sais qu’elles vont t’accompagner toute ta vie. Quand je l’ai revu pour préparer le spectacle, ça été des retrouvailles, tout comme la réécoute en boucle de Woody Guthrie, un chanteur dont la voix et le phrasé me font toujours frissonner. Woody Guthrie, c’est l’archétype du chanteur engagé. J’ai appris récemment qu’il avait écrit plein de chansons après avoir vu le film de Ford. Lui aussi porte une casquette. Pour le spectacle, j’avais l’idée de raconter des contes trad’, de ceux où il y a un petit qui vient à bout des puissants, ces contes là m’ont toujours plu. Mais je sentais qu’il manquait quelque chose de plus réaliste.
Un jour je passe à Metz devant la librairie “Geronimo“ (et oui ça ne s’invente pas) et je vois dans la vitrine un bouquin : Hard Times, histoires orales de la grande dépression. J’ai tout de suite su que j’avais trouvé ce que je cherchais. Je rentre, j’ouvre le livre, c’était des témoignages sur la crise de 29 aux USA. En tête de chapitre un extrait des Raisins de la colère, je feuillette, plus loin un bout de chanson de Woody Guthrie, le puzzle venait de se reconstituer (...). J’ai l’impression que ce qui est important, ce sont toutes ces images, ces paroles, ces situations à haute densité qui viennent flotter dans la mémoire. Ce sont les pièces d’un puzzle qui font que tu ne te soumettras jamais tout à fait. Raconter des histoires, c’est semer des bribes de ce genre là.”
Olivier Noack
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Une résidence qui s’est ponctuée de rencontres et de chantiers sur la ville avant les 3 premières représentations qui avaient lieu en février 2011 à La Maison du Conte